#660

Techno à 6 h et café dans les escaliers

Tout a commencé il y a six mois. J’étais tranquillement vautrée dans mon canapé devant la télé quand j’ai entendu quelqu’un trifouiller dans la serrure de ma porte d’entrée. Bizarre… Je suis allée ouvrir et me suis retrouvée face à une jeune femme, qui ne devait pas avoir plus de 30 ans, mais dont le visage semblait un peu « ailleurs », disons. Elle m’a annoncé : « Bonjour, je suis votre nouvelle voisine. Je sors de l’hôpital psychiatrique et je vais habiter là, maintenant ! » Que répondre à ça ? Youpi ? Ah, cool ? Depuis, c’est l’enfer.

La musique techno est à fond dès 6 heures du matin, en semaine comme le week-end. La première fois, à 6 h 25 un dimanche, je suis allée tambouriner à sa porte pour me plaindre : mon lit vibrait tellement le son était fort ! Il lui a fallu dix minutes avant de m’entendre. Elle m’a ouvert avec un collier fait main, semble-t-il, confectionné avec des tétines. Ça change du collier de nouilles ou de perles !

J’ai aussi droit à des hurlements, surtout le matin. Le soir, elle est plutôt calme.

Elle jette ses poubelles et ses cendriers par la fenêtre : c’est plus facile que de descendre ses déchets dans le local approprié ! Elle erre dans les couloirs de l’immeuble, plutôt le soir. Un matin, en partant travailler, je l’ai découverte assise dans les escaliers, couverte de coupures et pissant le sang, tout en dégustant tranquillement son café. Elle se scarifie. Elle ouvre aussi sa boîte aux lettres et jette les publicités par terre, malgré la poubelle située juste à côté, sans doute trop loin pour elle. Elle a même volé le seau de la femme de ménage de l’immeuble.

Le propriétaire a été prévenu. Je lui ai écrit plusieurs courriers, tout comme deux autres résidents. Elle a couru après les enfants de deux et quatre ans pour les embrasser de force : ils ont eu très peur. La femme de ménage ose à peine venir nettoyer les parties communes depuis que cette femme l’a poursuivie dans le parking parce qu’elle voulait absolument lui offrir un café.

On ne peut rien faire : le logement est loué par une association d’aide à la réinsertion. En gros, si on arrive à la faire partir, ils nous colleront une autre personne en difficulté à sa place. C’était déjà le cas avant elle, mais je n’avais pas encore emménagé : un homme qui a fait fuir trois résidents avant de finalement se suicider.

Ça fait flipper. J’entends bien — oh oui, j’entends bien ! — qu’elle a des crises. Et si elle trouve le moyen de se scarifier, allez savoir si, un jour, elle ne s’en prendra pas à quelqu’un d’autre qu’à elle-même ?

VDM !

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